Le 24 mai 2024 marque un tournant dans l’histoire du laser esthétique français. Un décret publié au Journal Officiel met fin au monopole médical sur l’épilation laser et la lumière pulsée à visée non thérapeutique. Infirmiers et professionnels de l’esthétique peuvent désormais pratiquer ces actes. Mais attention : cette ouverture s’accompagne de nouvelles obligations strictes. Explications.
Qui peut maintenant pratiquer l’épilation laser ?
Le décret 2024-470 élargit considérablement le cercle des professionnels autorisés. Trois catégories peuvent désormais pratiquer l’épilation laser et la lumière pulsée à visée non thérapeutique : les médecins (qui conservent leur droit historique), les infirmiers diplômés d’État, et les personnes qualifiées pour exercer l’activité d’esthétique (détenteurs d’un CAP esthétique ou équivalent).
Cette révolution législative répond à une longue bataille judiciaire. Pendant des décennies, l’arrêté du 6 janvier 1962 réservait tout mode d’épilation autre que la pince ou la cire aux seuls médecins. Mais la Cour de justice de l’Union européenne avait déclaré cette interdiction contraire au droit européen. Le Conseil d’État français avait suivi. Il aura fallu attendre 2024 pour que la législation française s’aligne définitivement.
La formation obligatoire : un passage incontournable
Le décret impose une condition non négociable : tous les non-médecins qui souhaitent pratiquer l’épilation laser doivent suivre une formation spécifique. Cette formation couvre plusieurs domaines : bases de physique de la lumière, sécurité et photoprotection, évaluation des phototypes de peau (échelle de I à VI), identification des indications et contre-indications, réglages des appareils et protocoles de traitement, conduite à tenir en cas d’incident.
L’arrêté du 19 février 2025 a précisé les modalités exactes de cette formation. Les professionnels doivent également effectuer des mises à niveau régulières pour maintenir leurs compétences. Les attestations de formation en cours de validité doivent être affichées de manière visible dans l’établissement. Les infirmiers ont l’obligation supplémentaire de transmettre leur attestation à leur Conseil départemental de l’Ordre avant de débuter leur activité.
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Une fiche d’information obligatoire pour les patients
Le décret crée une obligation d’information renforcée. Chaque professionnel doit remettre au patient, au plus tard avant le premier acte d’épilation, une fiche détaillée contenant plusieurs éléments : les catégories de personnes exclues de l’utilisation du dispositif (femmes enceintes, peaux bronzées, pathologies cutanées), la description des performances attendues de l’appareil, la description claire des risques résiduels, la mention que le professionnel a reçu une formation appropriée.
Cette fiche doit aussi recommander explicitement de consulter un médecin avant toute première séance, et en cas de doute sur une contre-indication pendant le traitement. Elle précise l’obligation de porter des lunettes de protection adaptées et explique comment signaler les effets indésirables survenus pendant ou après la séance. Le patient signe cette fiche, dont un double est conservé pendant trois ans par le professionnel.
Les obligations du professionnel pendant la séance
Le décret impose un protocole rigoureux avant chaque séance. Le professionnel doit procéder à un examen attentif de la peau, évaluer le phototype du patient selon l’échelle internationale, vérifier l’absence de signe évocateur d’une contre-indication (bronzage récent, lésion cutanée, prise de médicaments photosensibilisants). Il doit ensuite régler le paramétrage de l’appareil en fonction du phototype identifié.
Après la séance, le professionnel contrôle l’absence d’effet indésirable immédiat. Rougeurs inhabituelles, brûlures, gonflement excessif : tout incident doit être consigné et, le cas échéant, signalé à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.
L’affichage obligatoire dans l’établissement
Les exploitants d’établissements pratiquant l’épilation laser doivent afficher de manière visible plusieurs informations : les risques pour la santé liés à l’exposition aux rayonnements émis par les appareils, les contre-indications à l’épilation laser ou à la lumière pulsée, la recommandation de consulter un médecin avant toute première séance, l’obligation de porter des lunettes de protection pendant le traitement.
Cet affichage vise à permettre aux consommateurs de prendre une décision éclairée. Il rappelle également la possibilité de déclarer tout événement indésirable survenu pendant ou après une séance.
Épilation thérapeutique vs épilation esthétique : une distinction capitale
Le décret autorise uniquement l’épilation laser à visée non thérapeutique, c’est-à-dire purement esthétique. L’épilation à visée thérapeutique reste du ressort exclusif des médecins. Cette distinction peut sembler subtile mais elle change tout.
Une épilation thérapeutique concerne par exemple le traitement de l’hirsutisme (pilosité excessive d’origine hormonale chez la femme), de certaines folliculites chroniques, ou de la pilosité consécutive à certains traitements médicamenteux. Dans ces cas, seul un médecin peut poser le diagnostic et réaliser l’acte. Les instituts de beauté et les infirmiers travaillant hors prescription médicale ne peuvent intervenir.
Ce que le décret ne change pas
Malgré cette ouverture, le décret ne modifie en rien les risques liés au laser. Les brûlures, les troubles de la pigmentation, les infections restent possibles en cas de mauvais réglage ou de non-respect des contre-indications. Le niveau de formation exigé pour les non-médecins soulève d’ailleurs des interrogations : quelques jours de formation suffisent-ils face à des années d’études médicales ?
Les centres médicalisés conservent donc un avantage considérable : la présence permanente d’un médecin capable d’adapter le protocole en temps réel, de gérer les complications et d’assurer un suivi médical rigoureux. Pour les patients à risque (peaux foncées, pathologies cutanées, traitements médicamenteux), ce cadre médicalisé reste la solution la plus sûre.

