18 h 40, le dernier mail part, l’écran s’éteint. Reste cette impression de grain de sable coincé sous la paupière, ces yeux rouges qui piquent et cette envie de les frotter, précisément le geste à ne pas faire. Cette sécheresse n’a rien d’une fatalité, ni de l’âge ni de l’écran lui-même. Elle vient d’une mécanique très simple, celle d’un film de larmes qui ne se renouvelle plus correctement, et que quelques réglages suffisent souvent à relancer.
Pourquoi les écrans donnent-ils les yeux secs ?
Tout se joue au moment du clignement. Les paupières étalent sur la cornée un film de larmes fait d’eau et de lipides, qui protège et nourrit l’œil, explique l’Assurance Maladie. On cligne 15 à 20 fois par minute au repos, et une tâche visuellement exigeante fait chuter ce rythme.
Le problème tient moins au nombre de clignements qu’à leur qualité. Comparant écran et papier, une équipe du SUNY College of Optometry a mesuré des fréquences proches, 14,9 contre 13,6 par minute, mais deux fois plus de clignements incomplets sur écran : 7,02 % contre 4,33 %. Une paupière qui ne descend pas jusqu’en bas laisse une partie de la cornée sans larmes fraîches. La durée d’exposition fait le reste. D’après le Baromètre du numérique 2025, 72 % des Français dépassent deux heures d’écran par jour pour leur seul usage personnel, hors travail, et l’INRS relève que 27 % des employés de bureau français se plaignent d’yeux secs.
Quels réglages du poste limitent la sécheresse des yeux ?
La hauteur de l’écran arrive en tête. Placé trop haut, il oblige à ouvrir davantage les paupières et accélère l’évaporation des larmes : l’Assurance Maladie conseille de mettre le bord supérieur au niveau des yeux, plus bas avec des verres progressifs. Une vue mal corrigée pousse aussi à plisser et à se rapprocher, et un contrôle chez un opticien à L’Isle-Jourdain vaut mieux que des mois passés à forcer.
Le reste du poste se règle avec des repères mesurés. Voici ceux que publie l’INRS pour le travail sur écran.
- Distance œil-écran : 50 à 70 cm, soit environ la longueur du bras.
- Écran à plus de 150 cm d’une fenêtre, pour éviter reflets et éblouissements.
- Éclairement de 300 à 500 lux sur un écran à fond clair, 200 à 300 lux sur fond sombre.
- Ambiance de 21 à 26 °C, avec une humidité relative de 40 à 70 % et une vitesse d’air inférieure à 0,25 m/s.
Ce dernier repère est le plus souvent oublié. Un ventilateur tourné vers le visage, une bouche de climatisation ou un chauffage soufflant assèchent le film lacrymal plus vite que l’écran, et la gêne monte vite dans un air trop sec.
La règle des 20-20-20 marche-t-elle contre les yeux secs ?
Le principe tient en une phrase : toutes les 20 minutes, fixer 20 secondes un point situé à 20 pieds, soit 6 mètres. Des chercheurs de l’université d’Aston l’ont testée deux semaines auprès de 29 utilisateurs déjà gênés, avec un logiciel de rappel relié à la webcam. Sécheresse et inconfort ont bien reculé, selon leurs résultats parus dans Contact Lens and Anterior Eye en 2022. Une semaine après l’arrêt des rappels, la gêne était revenue : une habitude à tenir, pas une cure ponctuelle.
L’intervalle exact compte moins que la pause elle-même. L’INRS préconise des pauses actives idéalement toutes les 30 minutes et rappelle qu’il faut quitter l’écran des yeux pour regarder au loin. Profitez-en pour cligner trois ou quatre fois en fermant complètement les paupières.
Yeux qui piquent devant l’écran : que faire et quand consulter ?
Les larmes artificielles sans conservateur, en unidoses, restent le premier recours en pharmacie. Leur rythme suit la gêne, d’une ou deux instillations par jour à plusieurs par heure les journées difficiles, précise l’Assurance Maladie.
Quelques habitudes changent la donne sur la durée. Aérer chaque jour, humidifier une pièce climatisée, fuir le tabac et ne jamais frotter ses paupières, un réflexe qui expose à la conjonctivite, à la kératite et à la blépharite. Les porteurs de lentilles gagnent à alterner avec des lunettes dès que la fatigue oculaire s’installe.
Certains signes imposent un avis ophtalmologique sans attendre : une baisse rapide de la vision, un œil rouge ou enflé, une douleur, une gêne qui résiste aux réglages et aux larmes artificielles. La sécheresse peut aussi trahir un traitement en cours ou une maladie générale. Ces repères ne remplacent pas une consultation. Si vos yeux piquent encore après plusieurs semaines de bons réglages, parlez-en à votre médecin ou à un ophtalmologiste : une gêne banale et un début d’atteinte de la cornée se ressemblent beaucoup.


